LMi-MAG26 Juillet - Flipbook - Page 26
ENTRETIEN
Olivier LEPELTIER
architecte d’entreprise chez Pernod Ricard
« NOS PREMIERS
INTERLOCUTEURS SONT
LES ÉQUIPES MÉTIERS »
L’architecte d’entreprise est à la fois le garant de l’alignement stratégique du système
d’information et le porteur d’une vision à long terme de celui-ci. Olivier Lepeltier, qui assure
cette fonction chez Pernod Ricard, compare son rôle à celui d’un conseiller en patrimoine.
Propos recueillis par Emmanuelle Delsol
Vous êtes chief enterprise architect au sein de la
DSI de Pernod Ricard. Une fonction atypique que
l’on a beaucoup vue il y a quelques années, et qui
fait son retour. Quel est votre rôle exactement ?
Olivier Lepeltier : Le SI d’une entreprise, c’est un
portefeuille d’actifs numériques avec des applications,
des infrastructures, des données... Et pour aider l’entreprise à investir, le chief enterprise architect les étudie
au regard de leur valeur, de leur coût et de leur potentiel
de rendement.
Le rôle d’une DSI n’est pas d’acheter les dernières technologies pour bâtir un patrimoine solide, mais d’aligner
ce portefeuille d’actifs avec la stratégie de l’entreprise.
Pour définir mon rôle, je fais plutôt le parallèle avec
un conseiller en patrimoine. Pernod Ricard a choisi de
créer ce poste d’architecte d’entreprise, garant de cet
alignement. L’entreprise a préféré con昀椀er ce mandat
spéci昀椀que à une personne plutôt que d’en diluer la responsabilité. L’enjeu, c’est de s’aligner avec la stratégie
d’entreprise qui induit les contraintes sur la stratégie
technologique. C’est pour cela que mon rôle et l’équipe
ont été créés, il y a un an.
C’est aussi le moyen de gérer le temps long ?
O. L. : Oui. La plupart des rôles au sein de la DSI
cherchent à créer de la valeur à horizon trois, six, douze
ou dix-huit mois, mais il faut aussi des temps plus longs.
26 / juin / juillet / août 2025
La DSI construit sur un modèle d’innovation incrémentale, mais il faut le faire cohabiter avec une vision à long
terme pour mieux intégrer l’innovation de rupture.
Comment est constituée votre équipe ?
O. L. : J’ai une quinzaine de personnes dans mon équipe,
avec deux types d’expertises : des business architects et
des solution architects. Les premiers ont la responsabilité de la cohérence des processus métiers. Ils accompagnent les équipes métiers pour harmoniser et standardiser les approches, a昀椀n de les faire vivre dans le SI.
Les architectes de solutions font ensuite en sorte de tirer
le meilleur parti des technologies pour implémenter ces
processus métiers. Ils construisent des briques, que les
business architects vont assembler, avec une granularité
adaptée.
Quel est le profil d’un architecte d’entreprise ?
O. L. : On a longtemps considéré que leur rôle était normatif. Ils viennent donc souvent de la méthodologie et de
la dé昀椀nition de standards. Mais se limiter à cela empêche
de s’engager sur le résultat, d’en prendre la responsabilité. En ce qui me concerne, je ne viens ni d’un bureau
d’études ni du monde des normes et standards. J’ai passé
l’essentiel de ma carrière dans le consulting tech et j’ai
passé cinq ans dans une start-up. Cela me donne un
regard un peu plus orienté vers le résultat métier et la
rapidité d’exécution.