LMi-MAG29 mars - Flipbook - Page 10
ENTRETIEN
Olivier BITON
DSI groupe Crédit agricole
Le plan Act 2028 insiste également
sur la souveraineté sur vos infrastructures,
et en particulier sur votre cloud privé.
Quels sont les principes de cette stratégie ?
O. B. : Je préfère d’abord parler d’autonomie stratégique, car le scénario excluant toute dépendance extraeuropéenne n’existe pas et n’existera pas pendant longtemps. Nous voulons nous assurer que nos dépendances,
directes ou indirectes, soient acceptables au regard de
la criticité du service concerné et de la sensibilité des
données associées. Sur la partie donnée, les politiques
du Crédit agricole sont très strictes, depuis toujours. Le
vrai dé昀椀 réside dans la continuité de services. Nous n’accepterons plus certaines dépendances pour des services
critiques pour notre activité et/ou pour l’environnement
dans lequel nous opérons.
Cela signi昀椀e que les services les plus critiques doivent
être déployés sur des infrastructures pleinement maîtrisées en run. Que ceux ayant une criticité moyenne
peuvent rejoindre des environnements de con昀椀ance,
en zone Europe. Et que seuls les services non critiques
peuvent exploiter le cloud public s’il n’est pas « de
con昀椀ance ». En conséquence, nous réinvestissons dans
nos propres infrastructures, en particulier sur nos capacités de cloud, où des environnements en conteneurs
côtoient des solutions Paas/IaaS, combinant des solutions open source et propriétaires.
Avez-vous une démarche volontariste pour
industrialiser des solutions européennes ?
O. B. : Absolument. Nous affirmons clairement qu’à
chaque fois que c’est possible, nous ferons le choix des
solutions technologiques européennes. Parce que nous
avons intérêt à ce que ces solutions se développent ! Nous y
travaillons en coordination avec les capacités d’investissement du groupe pour pouvoir jouer sur les deux registres.
Sur le cas particulier de l’open source, le critère clef
de décision réside dans notre capacité à avoir un poids
su昀케sant dans les contributions. Nous sommes dans une
démarche de cadrage sur le sujet, avec de premières réorientations technologiques suite aux impulsions données par le plan Act 2028 il y a deux mois.
Cette politique vous conduit-elle à réinvestir
dans vos datacenters ?
10 / mars / avril / mai 2026
O. B. : L’essentiel de nos capacités est effectivement
concentré dans nos datacenters. Même si nous avons aussi
des environnements hébergés chez des tiers, en France et
à l’international. Nous sommes en train de réviser cette
empreinte externalisée, pour s’assurer de la conformité
à Dora, mais aussi pour tenir les montées en charge qui
se pro昀椀lent sur les infrastructures. Et nous venons, par
ailleurs, de décider de nouveaux investissements dans
deux nouvelles salles, pour héberger des capacités d’IA
et de calcul intensif. Elles o昀昀riront plus de puissance au
mètre carré et reposeront à 100% sur le Liquid Cooling.
Ces infrastructures seront livrées dans deux ans et
représentent un investissement compris entre 100 et
200 millions d’euros, selon les éléments pris en compte.
Ces ressources ne nous rendront pas autosu昀케sants en la
matière, mais elles permettront d’e昀昀ectuer de l’inférence
sur des données critiques, voire d’entrainer des modèles
dans certains cas. A mes yeux, conserver ces capacités en
interne a une autre vertu : rester en mesure d’évaluer les
o昀昀res du marché.
Cette mutualisation des infrastructures
concerne-t-elle aussi Crédit agricole-CIB,
la banque d’investissement ?
O. B. : Crédit agricole-CIB utilise les infrastructures
mutualisées pour partie, mais il est vrai qu’une part importante reste spéci昀椀que, avec des datacenters dédiés en location. Et du fait de son activité - par nature très internationale -, cette entité gardera des particularités. Mais, sur
la construction du cloud - notamment sur l’architecture
conteneurisée -, nous avons cloné les services de CAGIP
dans un environnement spéci昀椀que Crédit agricole-CIB.
Nous partageons donc les mêmes souches techniques. Et
nous avons acté en 2025 un plan de convergence progressif,
mais raisonné, avec la banque d’investissement. Les synergies sont de plus en plus nombreuses, et pas seulement en
France. Nous nous dirigeons vers des stratégies de plus
en plus industrielles, sur l’ingénierie, les logiques d’exploitation et d’automatisation ou encore la cybersécurité. Sur
des activités ayant la taille critique comme c’est le cas ici,
la mutualisation des infrastructures elles-mêmes est en
revanche peu signi昀椀cative économiquement.
Le plan Act 2028 se traduit par un certain
nombre d’investissements. Allez-vous vers
une augmentation de vos budgets IT ?
O. B. : Il n’est pas question de se laisser aller à une forme
de fuite en avant sur la dépense IT. Le vrai enjeu est d’en
prouver la valeur générée pour l’entreprise. Sans e昀昀ort
de rationalisation et de nettoyage du passif, chaque euro
supplémentaire dépensé se dilue et sa valeur e昀昀ective est
de plus en plus faible. Nous sommes dans une logique de
stabilisation, aux bornes de ce que nous avons décidé de
faire ensemble. Ce qui suppose un plan de rationalisation,