LMi-MAG29 mars - Flipbook - Page 16
ENTRETIEN
Emmanuel SPINAT
directeur de l'AIFE
que, pour notre feuille de route 2026-2028, nous nous
réinterrogeons sur ce modèle, avec une trajectoire de
réinternalisation, même si 2026 ne sera pas une étape
majeure en la matière pour des raisons budgétaires.
Notons que, dès 2025, ce mouvement a été initié, avec
la création de 6 ETP en interne pour remplacer des
prestations externalisées, dont une moitié sur Chorus
Déplacements Temporaires.
Ce module de gestion des frais de déplacement mis en
œuvre par l’Agence ne 昀椀gurait plus dans la roadmap de
SAP. L’Etat a donc racheté les sources de ce logiciel pour
en devenir l’éditeur et investir sur une o昀昀re adaptée aux
besoins de l’administration. C’est une opération gagnante
pour l’Etat : nous retrouvons de l’autonomie, le coût de
fonctionnement que nous refacturons a été réduit de 20%
et nous pouvons dessiner une trajectoire de mutualisation avec les opérateurs publics, en construisant avec nos
partenaires un programme d’évolutions nécessaires. Une
étude en ce sens sera lancée en 2026 et cette mutualisation
昀椀gure dans notre feuille de route 2026-2028.
Le choix de SAP comme système au cœur
du fonctionnement de l’Etat est-il encore
pertinent, à l’heure où les systèmes
d’information s’orientent plutôt vers
des applications moins monolithiques ?
E. S. : D’abord, Chorus n’est pas un monolithe. Si Chorus
cœur repose bien sur un logiciel SAP, Chorus Formulaires,
qui regroupe plusieurs services applicatifs, résulte d’un
développement spéci昀椀que de l’Agence. Nous réévaluons
régulièrement ces choix. En migrant sur S/4 Hana, nous
avons choisi de nous reposer sur un cœur financier
reconnu par tous et portant les comptes de plus grandes
entreprises, mais dans une logique d’urbanisation avec
d’autres modules, comme Formulaires ou Déplacements
temporaires. Nous ne mettons donc pas tous nos œufs
dans le même panier, et conservons un dialogue exigeant
avec SAP sur les coûts ou sur sa roadmap.
Si Chorus est aujourd’hui hébergé on premise, nous
n’avons pas d’informations précises sur un éventuel
futur hébergement cloud de SAP qui serait conforme à
la réglementation française. L’éditeur nous promet toutefois une communication sur ce sujet au début 2026.
L’Etat français ne basculera pas dans le cloud sans
engagements précis sur une o昀昀re souveraine, labellisée
SecNumCloud.
16 / mars / avril / mai 2026
Quel pourrait être l’intérêt d’un hébergement
cloud dans votre contexte ?
E. S. : Une telle bascule nécessiterait que SAP en
démontre la valeur. Transférer des ressources internes
ou d’intégrateurs vers SAP, via cette bascule dans le cloud,
devra avoir un sens en matière de coûts. Par ailleurs, cette
bascule éventuelle peut présenter un intérêt en matière
d’o昀昀re de services, SAP réservant certaines fonctions aux
utilisateurs du cloud.
Si une telle opération était décidée, ce serait une migration majeure, d’une ampleur encore supérieure à celle
que nous avons conduite en passant de ECC 6 à S/4 Hana.
Mais elle ne 昀椀gure pas, à ce stade, dans notre feuille de
route triennale, car nous ne disposions pas, au moment
de sa rédaction, des éléments nécessaires pour, éventuellement, la décider et la programmer.
Avez-vous prévu de déployer de premières
fonctions d’IA au sein de Chorus ?
Quels développements en la matière figurent
dans votre feuille de route ?
E. S. : Des applications sont déjà en production. Nous
utilisons, par exemple, du machine learning pour aider
la DGFiP à sélectionner les dépenses à contrôler. Et
nous avons e昀昀ectivement la volonté d’accélérer en nous
dotant, pour la rentrée 2026, d’une feuille de route
IA propre à l’AIFE, qui serait coconçue avec nos partenaires ministériels et préciserait également la doctrine d’utilisation de cette technologie dans la fonction
昀椀nancière, dont ses limites. Nous voulons très rapidement ouvrir un chantier interministériel sur ce sujet
pour construire une feuille de route qui prendra appui
sur l’actualisation des processus de la fonction 昀椀nancière, qui a démarré via des travaux communs avec la
DGFiP, la direction du budget et les DAF des ministères.
L’objectif consistera à identi昀椀er les étapes de ces processus où l’IA va amener des gains de productivité ou
de qualité. Par ailleurs, nous avons d’autres initiatives
sur ce sujet. Avec la Dinum et la direction du budget,
nous avons travaillé sur un cas d’usage que nous appelons les Dépenses éclairées : il s’agit de caractériser une
dépense dans Chorus via l’analyse d’un certain nombre
de pièces. Car, au sein de ce système, dé昀椀nir la nature
des dépenses reste di昀케cile : parle-t-on de conseil stratégique, de communication ou de conseil plus classique,
par exemple ? Les pièces jointes permettent d’apporter
une réponse à cette question et d’amener une forme de
contrôle qualité sur les saisies des utilisateurs. Cette
expérimentation a abouti à des retours positifs et nous
souhaitons l’intégrer, à partir du second semestre 2026,
dans l’o昀昀re Chorus.