LMi-MAG29 mars - Flipbook - Page 31
© Sébastien Calvet
PROFIL LINKEDIN
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nous, que d’attendre que quelques puissances étrangères
s’emparent des parts de marché et éjectent des entreprises françaises.
Pour résumer, c’est bien une manière de discipliner le
travail, un e昀昀et d’annonce plus important que la réalité
de prétendus gains de productivité qui ne sont malheureusement pas au rendez-vous. Et la France n’est pas
mieux placée que les autres pays, malgré les tutelles et
les protections sociales encore en place.
Antonio Casilli, professeur à l'Institut polytechnique de Paris,
chercheur en sociologie, auteur du livre « En attendant les robots ».
Est-ce que ce ne sont pas par ailleurs
des constats, des études qui ne concernent
que les Etats-Unis ?
A. C. : Oui, principalement. Parce que, bien sûr, dans
d’autres pays, il existe des formes di昀昀érentes de protection des salariés. Pour autant, en France aussi, on
invoque l’IA pour annoncer la possibilité ou, plutôt, agiter
la menace du remplacement d’un nombre x d’emplois.
Et pour moi, ces e昀昀ets d’annonce sont beaucoup plus
importants que la réalité de ces remplacements qui, en
fait, n’est pas là. L’importance de l’e昀昀et d’annonce sert à
discipliner le travail.
Une forme de menace ?
A. C. : C’est une menace, oui ! Qui plus est, c’est une
menace socialement acceptable. Les syndicats se
« tiennent à carreau », parce que c’est aussi une manière
d’organiser le renoncement à la lutte, à la réactivité face à
ces annonces. Parce que les syndicats, et les travailleurs
en général, se disent eux aussi que c’est le progrès et que
l’on n’y peut rien. Il y a cet e昀昀et de fatalisme positiviste,
qui les pousse à ne pas réagir.
Est-ce aussi lié à cette idée selon laquelle si
une entreprise ne déploie pas de stratégie d’IA,
elle va être dépassée, qu’elle a donc l’obligation
« d’y aller » ?
L’IA ne serait donc pas, selon vous, réellement
responsable des menaces de licenciements,
ou de réelles suppressions d’emploi, mais elle
serait un simple prétexte ?
A. C. : C’est un prétexte, oui. Mais le masque tombe très
vite. On peut regarder, par exemple, ce qui s’est passé
chez Amazon, qui a annoncé 30 000 licenciements cette
année. Les cadres dirigeants, à l’origine de cette décision,
ont ensuite déclaré haut et fort à la presse que l’automatisation n’y était pour rien, mais qu’il s’agissait d’un
« culture change », d’un changement de culture de l’entreprise. Je l’interprète surtout comme étant un changement de culture face au travail. On doit moins entendre
la voix des travailleurs. Et le fait d’en éjecter 30 000 est
un bon signal de redistribution des cartes du pouvoir
au sein d’une entreprise comme Amazon, qui gère une
masse salariale énorme. [Lire l’intégralité de l’entretien
sur lemondeinformatique.fr]
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A. C. : Ça, c’est moins une menace qu’une question de
chantage à la possibilité d’une décroissance économique.
C’est un art éminemment français que de dire « si on
n’y va pas, les Chinois, les autres, eux, vont y aller ». En
quelque sorte, il s’agit de dire qu’il vaut « mieux » être
licencié ou automatisé par une entreprise bien de chez
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