LMi-MAG29 mars - Flipbook - Page 9
nous rencontrerons des di昀케cultés à fournir des outils
uniformes sur des processus inter-entités, ce qui est fréquent dans le groupe. Nous avons besoin d’une colonne
vertébrale pour que le déploiement de l’IA permette
une automatisation des processus de bout en bout, sans
couture pour nos clients. Par ailleurs, entre l’assistant
et cette IA industrielle, subsiste une zone grise, ciblant
des automatisations locales. Une sorte de saison 2 de la
RPA, avec des capacités décuplées ! Là aussi, nous avons
besoin de fondations communes.
Mais, dans tous les cas, ce sont bien les experts en local
qui procèdent aux déploiements et à la transformation
des processus. Nous ne voulons pas créer un organe
bureaucratique édictant des normes, mais plutôt un
service focalisé sur le delivery technologique, dans l’esprit des services partagés opérés par une entreprise
membre du groupe, qui devra démontrer sa valeur aux
autres entités.
Est-ce aussi une reconnaissance de la part
des différentes entités du groupe du besoin
d’atteindre une masse critique sur certains
sujets technologiques ?
O. B. : Absolument. Les niveaux d’investissement pour
construire les solutions et surtout pour les maintenir en particulier dans l’IA et la con昀椀ance numérique - sont
colossaux. Mieux vaut donc agir à l’échelle du groupe.
Vos concurrents communiquent au marché
des ambitions chiffrées de création de valeur
associée à l’IA. Pourquoi n’est-ce pas votre cas ?
O. B. : Nous avons communiqué sur des chi昀昀res d’op-
timisation de nos charges, mais pas sur l’a昀昀ectation de
ces gains. Avec l’IA, nous allons réduire les tâches administratives de 20% et nous monitorons le ratio du temps
commercial sur le temps administratif. Nous partons
du principe que nous pilotons l’économie globale de la
banque avec des leviers - l’IA, l’IT, le digital... - mais nous
ne communiquons jamais sur le découpage entre eux.
Nous voulons qu’ils forment un tout, plutôt que d’entrer
dans une logique de pilotage par silo.
Dans le plan Act 2028, la mutualisation
des applications d’IA cible en particulier le KYC
(Know Your Customer). Pourquoi ?
O. B. : Parce que ces applications apparaissent comme
un prolongement naturel de la place de marché data, des
actifs d’IA et des capacités de con昀椀ance numérique. Et
parce que ce sont des sujets qui consomment énormément
de ressources au sein des banques. Franchir une étape
en matière de modernisation, d’automatisation et d’intégration de l’IA dans ces processus nécessite des inves-
tissements signi昀椀catifs. Les mutualiser a donc tout son
sens. Par ailleurs, le KYC est très lié aux sujets d’identité,
donc aux perspectives ouvertes par les initiatives portées
par les Etats et l’UE. Refondre tous nos processus de KYC
autour de ces logiques sera plus rationnel économiquement si nous investissons dans un unique point focal. Le
KYC 昀椀gure également tout en haut de la liste en matière de
déploiement de solutions agentiques industrielles.
Quel est l’impact de l’IA sur les métiers
technologiques eux-mêmes ?
O. B. : D’ici à trois ans, tous les collaborateurs IT du
groupe devront être équipés de ces capacités. Le plus
évident aujourd’hui, ce sont les assistants de codage,
même s’ils montrent encore des limites sur les phases de
maintenance. L’objectif est désormais de les généraliser.
Nous sommes en cours de maturation sur le déploiement d’agents pour les phases d’intégration, de tests
et de déploiement, mais aussi sur les phases amont, de
conception, d’architecture et de rédaction des dossiers de
sécurité. Se pose aussi la question de la transformation de
nos opérations IT. L’intérêt est assez évident sur la cyber
ou le traitement massif des logs. Reste à savoir jusqu’où
nous pourrons aller dans l’usage des agents au sein d’environnements régulés comme les nôtres. Nous voulons
nous assurer que, sous prétexte d’IA, on ne revienne pas
sur ce que nous avons mis des années à déployer pour
segmenter les rôles et habilitations dans la production par
exemple.
Est-ce que l’IA est une piste intéressante pour
moderniser des patrimoines de code anciens,
comme le Cobol ?
O. B. : Avec les technologies d’IA générative seules,
ces opérations ne fonctionnent pas. On peine en e昀昀et
à prouver que le nouveau code respecte bien le processus attendu, qui est lui-même souvent faiblement documenté. Quand on combine la GenAI à d’autres types
d’IA et à des moteurs de règles, les résultats sont plus
intéressants. Cela ouvre la porte à des traductions d’applications pour lesquelles on serait capable de garantir
le respect des processus prévus. Mais deux questions
se posent. D’abord, ces traductions seront-elles maintenables ? Ensuite, se pose la question du sourcing de
développeurs ? Car il est en réalité très facile de former de bons ingénieurs ou scienti昀椀ques à l’entretien
de patrimoines Cobol. Procéder à ces traductions n’est
donc plus un sujet prioritaire pour nous, surtout depuis
que nous constatons des réinvestissements sur le mainframe. Le risque d’obsolescence sur la plateforme sousjacente nous paraît donc maîtrisé.
SUITE
DE L’ENTRETIEN
9